Bonjour à toutes et tous !!
Aujourd’hui nous revenons à Paris pour vous parler d’une culte qui est de retour dans l’un des plus grands théâtres de la capitale. Il s’agit de Potiche, la pièce de Barillet et Gredy; dans une mise en scène signée Charles Templon et interprétée par Clémentine Célarié, Philippe Uchan, Paloma, Jérôme Pouly, Benjamin Siksou et Alexie Ribes.

L’Histoire : Suzanne Pujol (Clémentine Célarié) est une femme au foyer effacée et inexistante aux yeux de son mari Robert (Philippe Uchan), patron de l’usine de parapluies créée par le père de Suzanne. Elle est très proche de son fils Laurent (Benjamin Siksou), qui n’a pas non plus une excellente relation avec son père; et est considérée par sa fille Joelle (Alexie Ribes) comme une potiche en ne faisant jamais rien et en se rabaissant en permanence face à son mari. Suite à une grève de l’usine et aux soucis de santé de son mari; Suzanne va se retrouver à remplacer ce dernier à la tête de l’usine. D’abord très réticente et raillée par une partie de sa famille, elle va se montrer beaucoup plus douée que son entourage pouvait l’imaginer. Soutenue par Nadège (Paloma), la secrétaire de son mari, et par le député/maire Maurice Babin (Jérôme Pouly), ennemi juré de son mari par ses idées politiques; la soi-disant « Potiche » se révèle une patronne parfaite aux yeux de la société comme pour les ouvriers de l’usine. Mais au retour de convalescence de Robert; la reprise des places pour le mari et la femme va être plus compliquée que prévue…
L’Avis de Monsieur N :
Il y a des pièces qui traversent les décennies sans prendre une ride. Potiche de Barillet et Gredy appartient incontestablement à cette catégorie rare. Créée par l’inoubliable Jacqueline Maillan, cette comédie emblématique du théâtre de boulevard retrouve aujourd’hui toute sa saveur grâce à la mise en scène inspirée de Charles Templon, qui signe un spectacle aussi élégant que réjouissant.
Dès l’ouverture du rideau, le public est plongé dans l’atmosphère délicieusement colorée des années 1970. Le décor, lumineux et raffiné, participe pleinement à cette sensation de voyage dans le temps. Tout ici respire la fantaisie, le rythme et le plaisir du jeu.
Charles Templon a eu l’intelligence et le talent de faire de Potiche un véritable spectacle d’ensemble. La distribution forme une troupe soudée dont l’énergie communicative emporte immédiatement le public. Les comédiens semblent prendre autant de plaisir à jouer que le public à les regarder évoluer, et cette joie collective devient l’une des plus belles réussites de la soirée.
Dans le rôle de Suzanne Pujol, la fameuse « potiche » qui va progressivement révéler une force de caractère insoupçonnée, Clémentine Célarié livre une prestation remarquable. Tour à tour drôle, touchante, déterminée et irrésistiblement libre, elle s’empare du personnage avec une aisance impressionnante et lui donne une modernité inattendue. Son interprétation constitue le cœur du spectacle et rappelle combien ce rôle demeure l’un des plus beaux personnages féminins du répertoire comique français.
Face à elle, Philippe Uchan campe un Robert Pujol aussi autoritaire qu’insupportable. Patron tyrannique, mari égocentrique et père incapable d’écoute, il est parfaitement détestable comme l’exige le personnage. L’acteur, par ses sautes d’humeur et ses mimiques, trouve le ton juste à chaque instant et compose un adversaire idéal pour l’émancipation de Suzanne.
La révélation la plus réjouissante de la soirée est sans doute Hugo Bardin, plus connu du grand public sous le nom de Paloma, dans le rôle de Nadège. Cette secrétaire haute en couleur devient ici un personnage irrésistible. Paloma en livre une version totalement décalée, exubérante, fantasque et délicieusement excessive, sans jamais tomber dans la caricature gratuite. Chaque apparition déclenche les rires et chacune de ses répliques fait mouche. Son sens du rythme, sa liberté de jeu et son charisme naturel apportent au spectacle une énergie folle. Véritable électron libre de la soirée, elle s’impose comme l’un des grands plaisirs de cette production et signe une composition tout simplement excellente.
Jérôme Pouly prête quant à lui toute son élégance au député-maire communiste Maurice Babin. Figure bienveillante et charismatique, il agit comme un véritable révélateur pour Suzanne. L’acteur, dont on retrouve avec bonheur la maîtrise héritée de ses années à la Comédie-Française, apporte une humanité, une finesse et un humour remarquables à ce personnage essentiel dans l’évolution de l’héroïne.
Dans le rôle de Laurent, le fils indépendant, proche de sa mère et perpétuellement en conflit avec son père, Benjamin Siksou séduit par la sobriété de son interprétation. Avec retenue et intelligence, il apporte une sensibilité bienvenue au milieu de cette galerie de personnages hauts en couleur.
Enfin, Alexie Ribes compose une Joëlle savoureuse, portrait craché de son père dans ses convictions et ses préoccupations. Plus inquiète pour son confort personnel que pour le destin de l’usine familiale, elle incarne avec beaucoup de justesse cette jeunesse privilégiée et parfois déconnectée. L’actrice lui donne une présence singulière, mêlant humour, agacement et une forme de fragilité qui la rend finalement attachante.
Mais au-delà des performances individuelles, c’est bien la dimension chorale du spectacle qui impressionne. Chacun trouve sa place dans cette partition collective où les répliques fusent avec une précision horlogère et où le rire ne cesse jamais d’être accompagné d’une véritable tendresse pour les personnages.

Cette nouvelle production de Potiche réussit un pari délicat : respecter l’esprit de ce classique tout en lui insufflant une fraîcheur contemporaine. Le résultat est un moment de théâtre généreux, élégant et profondément réjouissant. À la sortie, un sentiment domine : celui d’avoir retrouvé l’une des grandes comédies populaires françaises dans ce qu’elle a de plus noble. Un spectacle lumineux, porté par une distribution brillante et une mise en scène inspirée, qui mérite sans aucun doute de s’inscrire durablement dans la mémoire des spectateurs, à l’image de la création légendaire portée autrefois par Jacqueline Maillan.
« Potiche » de Barillet et Gredy, mise en scène de Charles Templon; avec Clémentine Célarié, Philippe Uchan, Paloma (Hugo Bardin), Jérôme Pouly, Benjamin Siksou et Alexie Ribes. Au Théâtre Libre jusqu’au 14 Juin, les vendredis et samedis à 21h, les samedis à 16h et les dimanches à 17h.
Réservations : https://le-theatrelibre.fr/event-pro/potiche/

Laisser un commentaire