« Rosy et Moi – 274 Jours » au Théâtre La Luna

Bonjour à Toutes et Tous,

Aujourd’hui pour commencer à vous faire découvrir les spectacles que vous pouvez voir à Paris avant qu’ils ne s’envolent pour Le Festival Off D’Avignon; Monsieur N vous emmène à la rencontre de Rosy et Moi – 274 Jours, spectacle écrit et interprété par Élodie Menant; dans une mise en scène signée Eric Bu.

L’Histoire : Valentine (Élodie Menant), une jeune femme de 21 ans, vient d’obtenir un poste dans une prestigieuse agence. Tout semble parfait jusqu’au jour où elle commence à éprouver des troubles de la vue. Après de nombreux examens, elle apprend qu’elle est atteinte d’une maladie rare et incurable, pour laquelle seuls quelques traitements existent pour en ralentir la progression. Malgré le soutien indéfectible de ses parents et de son grand-père, ainsi que les conseils de divers médecins, Valentine prend une décision audacieuse : elle part en voyage ! Avec son sac à dos et sa « fidèle » Rosy, elle se lance dans une aventure de neuf mois à travers la Nouvelle-Zélande, la Birmanie et la Mongolie. Ces destinations ne sont pas choisies au hasard, et les 274 jours qui suivront auront un impact profond sur Valentine et Rosy…

L’Avis de Monsieur N :

Avec Rosy et Moi – 274 Jours ; Élodie Menant nous offre un seule-en-scène intense et lumineux. Inspiré du parcours de Marine Barnérias, cette jeune femme de 21 ans qui découvre brutalement sa maladie et qui décide alors de partir à la découverte du monde autant que d’elle-même, le spectacle dépasse très vite le simple récit autobiographique pour devenir une véritable odyssée humaine, sensorielle et émotionnelle.

Dans une mise en scène de qualité signée Éric Bu, le plateau nu devient un terrain d’aventure infini. Une chaise, un sac à dos, une tente Quechua; accompagnés des lumières de Stéphane Baquet et des musiques de Stéphane Isidore : il n’en faut pas davantage pour faire surgir la Nouvelle-Zélande, la Mongolie, la Birmanie, les rencontres improbables, les tempêtes extérieures et intérieures et les vertiges du corps. Tout repose sur l’imaginaire, sur le mouvement, sur la parole; et surtout sur l’immense talent indéniable d’Élodie Menant.

Pour la première fois seule en scène, la comédienne réalise une performance tout simplement sidérante. Elle interprète une galerie entière de personnages avec une virtuosité bluffante : Valentine bien sûr, mais aussi sa patronne, les membres de sa famille, tous les médecins et infirmières. les voyageurs croisés au fil du périple, jusqu’aux animaux eux-mêmes, qu’elle incarne avec une précision corporelle et une inventivité stupéfiantes. Chaque silhouette existe pleinement, avec son rythme, sa voix, son énergie propre. Élodie Menant ne joue pas : elle traverse littéralement les êtres.

Et quelle présence. Quelle intensité. Quelle générosité.

Le spectacle réussit ce miracle rare de faire cohabiter le rire et les larmes dans un équilibre parfait. L’humour y est omniprésent, souvent inattendu, salvateur même, venant désamorcer la dramatique de violence de la maladie sans jamais l’édulcorer. Car Rosy et Moi – 274 jours parle avant tout du corps : ce corps qui lâche, ce corps qu’il faut réapprendre, réinventer, apprivoiser. À travers des séquences chorégraphiques créées par Dorine Aguilar qui sont d’une beauté et d’une intensité corporelle saisissante, Élodie Menant transforme la douleur, la fatigue et le combat en un langage physique bouleversant. Chaque geste raconte une chute, une renaissance, une tentative de tenir debout.

Entre deux éclats de rire surgissent aussi des moments de slam d’une puissance remarquable, qui viennent donner au récit une pulsation presque organique. La parole devient souffle, battement, urgence de vivre. On ressort de cette traversée profondément remué, avec la sensation d’avoir voyagé bien au-delà des frontières géographiques.

Ce qui frappe surtout, c’est l’extraordinaire humanité du spectacle. Jamais misérabiliste, jamais démonstratif, Rosy et moi – 274 Jours célèbre au contraire l’élan vital, la capacité de l’être humain à se reconstruire dans le chaos, à trouver dans l’ailleurs une manière de revenir à soi. La collaboration entre Élodie Menant et Éric Bu, déjà complice sur d’autres créations; atteint ici une forme de maturité éclatante : un théâtre du sensible, du mouvement et de l’émotion brute.

Élodie Menant y est absolument magistrale. Elle donne tout : son corps, sa voix, son humour, sa fragilité, son intensité. Et dans cette immersion totale, elle nous embarque avec elle, au plus près de Valentine, au plus près de la vie.

Rosy et Moi – 274 jours est un de ces spectacles rares qui touchent autant qu’ils inspirent. Porté par une performance magistrale d’Élodie Menant et une mise en scène d’une grande finesse signée Éric Bu, ce seul-en-scène vibrant nous embarque dans un voyage profondément humain, entre rire, émotion et dépassement de soi. Une parenthèse de grâce, intense et lumineuse, à découvrir absolument.

« Rosy Et Moi – 274 Jours » d’Elodie Menant, d’après l’histoire de Marine Barnérias; mise en scène d’Eric Bu, Lumières de Stéphane Baquet, Musiques de Stéphane Isidore, Chorégraphies de Dorine Aguilar; interprétée par Élodie Menant. Au Théâtre des Gémeaux Parisiens le 28 Mai à 21h et 3 Juin à 19h; et au Théâtre La Luna dans le cadre du Festival Off d’Avignon.

Réservations :

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