Bonsoir à toutes et tous !!

Lors de la rentrée de septembre, nous vous parlions d’une pièce découverte lors des derniers jours du off et qui posait ses valises pour quelques dates à Paris; au Théâtre de L’Oeuvre…

Et bien cette pièce est de retour à Paris ! Il s’agit d’Une Heure à T’Attendre de Sylvain Meyniac, mise en scène par Delphine de Malherbe, interprétée par Nicolas Vaude et Thierry Frémont.

L’Histoire : Dans un appartement parisien qu’il a loué pour la nuit, Daniel (Thierry Frémont) est surpris d’être « accueilli » par Pierre (Nicolas Vaude), le propriétaire. Cependant, derrière cette rencontre, qui dégénère rapidement en un face-à-face tendu, se cache une femme, le lien entre ces deux hommes. Cette femme devrait arriver dans une heure. Pendant cette heure d’attente, les deux hommes s’affrontent verbalement et dans le silence, découvrant qu’ils partagent bien plus que cette femme qu’ils attendent et espèrent…

L’Oeil de Miss F :

Une Heure à T’Attendre, pièce écrite par Sylvain Meyniac, est d’une précision et d’une intensité remarquables : l’écriture fine fait apparaître avec force les paradoxes et failles des relations humaines. Eligible aux Molières, jouée en Avignon en 2025, passée momentanément par Le Théâtre de L’Oeuvre avant d’être reprise au Théâtre de Paris, la pièce connaît un franc succès.

Une fois le décor brièvement posé, l’action principale se déroule en une heure : une contrainte temporelle que l’auteur pousse jusqu’au bout, écrivant littéralement la pièce montre au poignet , pour que tout se déroule réellement en temps réel. Ce choix donne une crédibilité immédiate au récit et maintient le spectateur en haleine du début à la fin.

Sur scène, deux personnages seulement. Deux hommes, deux points de vue, deux façons d’aimer : le mari et l’amant. L’écriture est fine, bien construite et équilibrée par rapport aux personnages, chacun défend sa vérité sans prendre le monopole sur l’autre. Et jamais le spectateur n’est invité à juger. On se surprend à ressentir de l’empathie pour l’un comme pour l’autre, à comprendre leurs failles, leurs peurs, leurs contradictions. 

La pièce est passionnante : les dialogues sont puissants, chargés d’émotions, ponctués de révélations qui relancent sans cesse l’intrigue. Le scénario nous tient en haleine, diffusant les informations avec intelligence, jusqu’à faire de cette confrontation un véritable duel psychologique. Un huis clos qui interroge l’amour, la jalousie, la manipulation, et tous les questionnements intimes qui en découlent.

Côté interprétation, le duo fonctionne merveilleusement bien. Nicolas Vaude, dans le rôle du mari, est glaçant, apportant une tension palpable dès les premières minutes. Sa froideur, ses mimiques, son regard… tout dans son jeu perturbe et intrigue. Quant au personnage de Thierry Frémont, l’amant, il tente d’abord de s’affirmer, mais sa vulnérabilité liée à son statut prend rapidement le dessus.

La complicité des deux comédiens est évidente et leurs échanges installent une atmosphère de thriller psychologique, digne d’un Alfred Hitchcock, où les jeux de pouvoir s’installent progressivement entre les deux hommes.

Que l’on soit homme ou femme dans la salle, chacun peut sûrement y trouver une lecture différente : la force des dialogues, leur précision et leur ambiguïté invitent à réfléchir, sans pour autant imposer un point de vue ni un jugement .

Une heure à t’attendre est un huis clos parfaitement maîtrisé et millimétré à ne pas rater.

L’Avis de Monsieur N :

En découvrant cette nouvelle pièce de Sylvain Meyniac (Hier Est Un Autre Jour, À Vrai Dire, Le Fusible,…), j’ai retrouvé un style de comédie que j’apprécie particulièrement et qui me fait toujours plaisir à voir sur scène : la « comédie de mots ». Si la situation initiale pourrait sembler être le point de départ d’une comédie de boulevard classique, elle est ici traitée avec un humour subtil dans les échanges verbaux entre les deux hommes, ainsi qu’une profondeur philosophique sur les événements qui se déroulent pendant un peu plus d’une heure. Bien que l’intrigue commence avec le trio classique de la comédie (le mari, l’amant et la femme), l’écriture fine et brillante de Sylvain Meyniac introduit la femme plus tard, tandis que le mari et l’amant s’engagent dans un duel verbal rempli de bons mots et de réflexions sincères, intelligentes, drôles et tendres. Ce mélange subtil évoque un croisement entre Harold Pinter et Sacha Guitry.

Dans cette mise en scène remarquable de Delphine de Malherbe, nous assistons à un face-à-face intense et sobre, magnifiquement mis en valeur par le décor d’un appartement parisien offrant une vue imprenable sur les toits de Paris. La vue s’assombrit progressivement au fil de la pièce, créant une atmosphère captivante (Un grand bravo à Catherine Bluwal pour ce décor de ring de boxe « parisien » qui sert de toile de fond à cette joute verbale.). Il fallait donc bien deux géants du théâtre pour un tel duel. Et quels géants !

Nicolas Vaude et Thierry Frémont livrent des performances absolument brillantes et impeccables, non seulement dans leurs rôles respectifs, mais aussi dans leur alchimie. On prend un plaisir immense à les observer naviguer dans la situation, d’abord en se tournant autour, puis en s’affrontant, pour finalement se retrouver côte à côte, philosophant autour d’un whisky. Leur conversation tourne autour d’un seul sujet : la femme de leur vie, qui se fait attendre. Les deux hommes s’amusent à s’affronter et à s’apprivoiser, et nous, on s’amuse tout autant à les voir s’affronter.

Ce duo détonnant et excellent vous offre une comédie écrite avec finesse et humanité. Au lieu de les attendre, préparez-vous à les découvrir. Ne manquez pas l’occasion de rire et de sourire en leur compagnie, ainsi qu’en celle de leur femme, lors de leur retour à Paris. En attendant…

« Une Heure à T’Attendre » de Sylvain Meyniac, mise en scène de Delphine de Malherbe; avec Thierry Frémont et Nicolas Vaude. Au Théâtre de Paris (Salle Réjane); du mercredi au samedi à 21h + les samedis à 16h (relâche du 15 au 18 Avril).

Réservations : https://www.theatredeparis.com/evenement/une-heure-a-tattendre/

Laisser un commentaire