Bonjour à toutes et tous !!

Récemment Les Chroniques vous ont parlé du roman de Jean-Philippe Daguerre : La Femme Qui N’Aimait Pas Rabbi Jacob. Et bien aujourd’hui nous vous emmenons au Théâtre Montparnasse, plus précisément au Petit Montparnasse, pour vous parler de l’adaptation du roman au théâtre; dans une mise en scène signée Jean-Philippe Daguerre, avec Charlotte Matzneff, Bernard Malaka, Julien Cigana, Elisa Habibi, Bruno Paviot et Balthazar Gouzou.

L’Histoire : En 1973, une femme détourne le vol Paris-Nice, exigeant la mise sous scellés de toutes les bobines du film Les Aventures de Rabbi Jacob jusqu’à ce que la France intervienne pour mettre fin au conflit entre Arabes et Israéliens…

En 1972, Danielle (Charlotte Matzneff) rencontre Georges Cravenne (Bernard Malaka) et tombe amoureuse. Georges travaille avec Gérard Oury (Bruno Paviot) et sa fille Danielle Thompson (Elisa Habibi) sur son nouveau film, Les Aventures de Rabbi Jacob, avec Louis De Funès (Julien Cigana) en tête d’affiche. Cependant, Danielle désapprouve le film, le jugeant caricatural envers les peuples arabes et israéliens, en pleine guerre du Kippour. Malgré son amour profond pour Georges, au point de le réconcilier avec son fils Charles (Balthazar Gouzou), dont elle ignorait l’existence, le jour de son mariage, Danielle est prête à tout pour empêcher la sortie du film, craignant qu’il ne provoque des troubles au sein du pays et du conflit. Ses actions suscitent l’inquiétude sur le tournage et attirent l’attention de Raymond Marcellin (Bruno Paviot), le ministre de l’Intérieur. Le 18 octobre 1973, jour de la sortie du film, un vol quitte Paris pour Nice…

L’Avis de Monsieur N :

En tant que passionné de théâtre, je me suis naturellement précipité voir cette adaptation — et quelle révélation ! Signée par Jean-Philippe Daguerre lui-même, elle est absolument remarquable. Là où le roman donnait la parole à plusieurs personnages, la pièce choisit de se concentrer sur Danielle Cravenne, figure déroutante et bouleversante, trop vite qualifiée de folle, mais ici révélée dans toute sa complexité, sa lucidité sur le monde et son obsession lumineuse pour la paix. Femme intensément amoureuse, capable de gestes aussi extrêmes que profondément humains, elle témoigne aussi d’une immense tendresse pour les exilés, les invisibles, et d’une passion contagieuse pour la culture — jusqu’à encourager Louis de Funès à préférer le théâtre au cinéma. Le tout porté par un rythme impeccable, maintenant le public en haleine dans un subtil équilibre entre réalité et fiction.

La scénographie de Narcisse est, elle aussi, absolument géniale et d’une inventivité rare. Entièrement composée d’écrans projetant images d’archives et vidéos originales, elle crée un décor mouvant et vivant qui accompagne chaque instant du récit. Ces écrans deviennent tour à tour salon, château, hôpital ou studio de cinéma, mais surtout, ils dialoguent avec les comédiens : objets projetés, espaces suggérés, mouvements intégrés à l’action. Une scénographie immersive et organique, qui ne se contente pas d’illustrer la pièce, mais en devient un véritable moteur dramatique, au service de l’émotion et du sens.

La distribution de cette pièce impressionne par son humanité, sa précision et son intensité émotionnelle. Charlotte Matzneff y est tout simplement bouleversante : rayonnante, fragile, drôle et profondément incarnée, elle compose une Danielle Cravenne d’une sensibilité rare, prête à tout pour la paix, l’amour et la famille, que l’on voit grandir, évoluer et se transformer au fil de la pièce jusqu’à l’inéluctable tragédie. À ses côtés, Bernard Malaka offre un Georges Cravenne d’une justesse exemplaire, tendre, solide, travailleur acharné, aimant sa femme autant qu’il la protège, capable de défendre ses convictions tout en respectant celles de l’autre. Julien Cigana, absolument phénoménal, livre un Louis de Funès plus vrai que nature : au-delà des mimiques et de l’énergie explosive, il révèle aussi l’homme simple, pudique et profondément attachant que l’on reconnaît dans les archives. Bruno Paviot brille par sa virtuosité en incarnant des figures radicalement opposées, de Gérard Oury au glaçant ministre Raymond Marcellin, avec une autorité et une précision remarquables. Elisa Habibi, d’une émotion sublime, bouleverse dans le rôle de Jamila, femme déracinée et mère séparée de ses enfants, et impressionne encore par la finesse de ses autres incarnations, notamment Jeanne de Funès, Françoise Dolto et Danièle Thompson. Enfin, Balthazar Gouzou, magnifique de sobriété et de force, signe un monologue final d’une intensité rare sous les traits de Charles Cravennes, donnant à la pièce sa résonance morale la plus profonde.

Portée par cette troupe exceptionnelle, l’œuvre dépasse l’hommage pour rendre justice à Danielle Cravenne, figure trop vite oubliée, et laisse le spectateur bouleversé, interrogé, profondément marqué. La Femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob s’impose ainsi comme un théâtre de la mémoire et du courage, où l’intime rejoint le politique sans jamais sacrifier l’émotion à l’argument. Entre rires sans retenue et gravité lucide, la pièce interroge nos renoncements, nos silences, et notre responsabilité collective face à l’injustice, offrant une expérience rare, nécessaire, et durablement vibrante dans l’esprit de ceux qui la traversent.

« La Femme Qui N’Aimait Pas Rabbi Jacob » de Jean-Philippe Daguerre, adapté du roman éponyme; mise en scène de l’auteur, scénographie de Narcisse; avec Charlotte Matzneff, Bernard Malaka, Julien Cigana, Elisa Habibi, Bruno Paviot et Balthazar Gouzou. Au Petit Montparnasse jusqu’au 19 Avril; les mardis à 19h, du mercredi au samedi à 21h et les dimanches à 15h.

Réservations : https://www.theatremontparnasse.com/spectacle/la-femme-qui-naimait-pas-rabbi-jacob/

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