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Ce soir Les Chroniques, via Monsieur N et grâce à TPA.fr, vous emmènent dans l’Amérique de la violence et de la vengeance avec Killer Joe, une pièce de Tracy Letts adaptée par Patrice Costa et Sophie Nicollas; mise en scène par Patrice Costa; avec Rod Paradot, Benoit Solès, Olivier Sitruk, Pauline Lefèvre, Carla Muys et Neil Chablaoui à la Guitare.

L’Histoire : Poursuivi par des malfrats à qui il doit de l’argent et expulsé de chez sa mère après une engueulade; Chris (Rod Paradot) se réfugie chez son père Ansel (Olivier Sitruk), garagiste vivant avec Sharla (Pauline Lefèvre) ainsi que Dottie (Carla Muys); la petite sœur de Chris. Pour pouvoir sauver sa peau; Chris a une idée monstrueuse : tuer sa mère pour récupérer son assurance vie et rembourser sa dette. Pour cela; il a l’idée de faire appel à Joe Cooper (Benoit Solès), flic la journée et tueur à gages la nuit. Mais dès l’arrivée de ce dernier; les choses vont prendre une autre tournure pour Chris et toute sa famille, qui vont se retrouver avec chez eux une épée de Damoclès nommée Killer Joe…

L’Avis de Monsieur N :

Avec Killer Joe, le Théâtre de l’Œuvre plonge le public au cœur de l’Amérique profonde, celle des familles fracturées et des existences à la dérive. Le décor, d’un réalisme frappant, installe d’emblée une atmosphère poisseuse et oppressante, où chaque silence pèse autant que les éclats de voix. Certaines scènes dérangent, d’autres mettent mal à l’aise, mais cette tension permanente rend le spectacle hypnotique : on ne décroche pas une seconde.

L’adaptation et la direction de Patrice Costa regorge d’idées fortes, dont deux particulièrement brillantes qui nous ancrent encore plus dans cette Amérique profonde : Tout d’abord ce décor central tournant, nous faisant passer à divers lieux ou divers point de vue du même lieu; et surtout l’usage d’une musique d’ambiance entièrement jouée en live à la guitare électrique. Jouée avec talent par Neil Chablaoui, elle ajoute une ambiance pesante authentique, une vibration brute qui renforce l’immersion et ponctue la pièce d’accents presque cinématographiques.

La distribution quant à elle, est absolument remarquable. Rod Paradot impressionne dans le rôle de cet adolescent écorché vif, colérique mais profondément fragile. Il bouleverse lorsqu’il évoque sa petite sœur ou s’adresse à elle, laissant jaillir une émotion sincère et déchirante. Entre rage intérieure et tendresse malmenée, son interprétation est l’une des plus touchantes de la pièce. Face à lui, Benoît Solès livre une composition magistrale. Terrifiant, monstrueux, animé d’une psychologie d’une précision exceptionnelle, il parvient à glacer le public tout en conservant un calme olympien, une voix douce et posée. Ce contraste, à lui seul, fait de son Killer Joe une création scénique inoubliable. Entre ce frère et ce flic, Carla Muys incarne cette petite sœur lumineuse, d’une innocence désarmante. Elle irradie de douceur dans un univers de brutalité et représente la seule figure réellement pure du récit. Chaque apparition d’elle apporte une intensité émotionnelle rare. Olivier Sitruk, quant à lui, est un irrésistible Ansel. Dans le rôle du père complètement dépassé par tout ce qui se passe, il mêle avec un talent remarquable naïveté, maladresse et humour. Il incarne à la perfection cet homme influençable, à côté de la plaque, qui se laisse entraîner dans un plan absurde sans mesurer une seconde les conséquences. Son jeu, d’une finesse comique rare, apporte un équilibre précieux à la tension du récit. Enfin, Pauline Lefebvre; qui interprète Sharly, la nouvelle femme du père, est un pur régal. Sans filtre, sans pudeur, sans retenue aucune, elle offre une performance jubilatoire. Serveuse gouailleuse, pas très honnête ni très fidèle, elle accumule les défauts avec une liberté et un sens du comique qui électrisent chacune de ses scènes; mais va hélas payer aussi des conséquences de ses défauts et de ses manigances.

Ce spectacle est absolument excellent : il frappe par son réalisme, sa crudité, sa manière révélatrice de montrer une Amérique oubliée. Il est porté par une distribution qui se donne sang, eau et énergie, rendant l’histoire plus vraie que nature. L’adaptation et la mise en scène de Patrice Costa parachèvent l’ensemble avec une intelligence et une efficacité remarquables.Un spectacle à voir, à recommander — à partir d’un certain âge, bien sûr — mais qui constitue surtout une véritable masterclass sur scène.

https://youtu.be/3DYYSlVctkA

« Killer Joe » de Tracy Letts, adaptation et mise en scène de Patrice Costa; avec Rod Paradot, Benoit Solès, Carla Muys, Olivier Sitruk, Pauline Lefèvre et Neil Chablaoui à la guitare électrique. Au Théâtre de L’Oeuvre jusqu’au 4 Janvier; du jeudi au samedi à 21h et le dimanche à 18h.

Réservations :

https://www.theatredeloeuvre.com/spectacle/killer-joe/

https://tpa.fr/pieces-theatre-paris/killer-joe-11772.html

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