Bonjour à tous !!
Aujourd’hui ça sera autant un voyage entre Avignon et Paris que vous allez faire; car je vais vous parler d’un spectacle qui, après sa création et son succès lors du Festival D’Avignon, pose ses valises sur la scène parisienne de La Comédie Bastille. Il s’agit de la pièce Les Téméraires de Julien Delpech et Alexandre Foulon, mise en scène par Charlotte Matzneff; et interprétée par Romain Lagarde, Stéphane Dauch, Sandrine Seubille, Antoine Guiraud (puis Arnaud Allain à Paris), Barbara Lamballais, Armance Galpin et Thibault Sommain.

L’Histoire : En 1894, alors que La France se divise face à L’Affaire Dreyfus; deux hommes, en colère face au déferlement de haine, d’injustice et d’antisémitisme, décident d’utiliser leurs armes pour défendre l’ex capitaine Dreyfus : Émile Zola (Romain Lagarde) et Georges Méliès (Stéphane Dauch). Le premier, soutenu par sa femme Alexandrine (Sandrine Seubille) et sa maîtresse Jeanne (Barbara Lamballais), va mener une enquête approfondie sur les arcanes de cette affaire et écrire un article de soutien au vice-président du Sénat, Auguste Kestner (Antoine Guiraud et Arnaud Allain), fervent défenseur du capitaine dégradé; et le second, avec l’appui de sa femme Eugénie (Armance Galpin) et de ses équipes (Thibault Sommain, Barbara Lamballais et Antoine Guiraud), décide de faire un film de 10 minutes sur l’affaire Dreyfus. Voulant à tout prix faire jaillir la vérité; ces deux téméraires vont provoquer un cataclysme : le premier avec son article « J’Accuse ! » paru dans le journal L’Aurore, le second en réalisant le premier film au monde à être censuré…
Mon Avis : De L’Affaire Dreyfus qui secoua la France à l’aube du XXème Siècle; on a tant entendu parler, sur papier comme au cinéma, mais très peu au théâtre; et encore moins sur les soutiens qu’eut le capitaine durant son jugement et son exil. Et pour être encore plus franc avec vous; je connaissais le combat d’Émile Zola avec son « j’accuse ! », mais je découvris également le soutien de Georges Méliès, qui pour défendre Dreyfus avec ses armes de prédilection; réalisa un film de 10 minutes. Mais ces Téméraires n’est pas un spectacle en hommage à Dreyfus; mais plutôt à la force et à l’énergie que mirent deux grands hommes à vouloir défendre la vérité autour de cette histoire.
L’écriture à quatre mains de Julien Delpech et Alexandre Foulon est une brillante réussite; car dès les premiers mots, ils nous entraînent dans une vraie immersion temporelle au cœur de la France de l’époque. On sent un réel travail de recherche d’une extrême minutie pour rester le plus fidèle possible à chaque point de l’histoire; combiné à une très belle plume. Ils arrivent avec brio à nous embarquer dans ces histoires dans l’Histoire, dans les combats des uns et des autres; et pas seulement ceux de Zola et Méliès pour la vérité et la justice, mais aussi de leurs femmes qui les ont soutenu durant toutes ces années, malgré quelques moments de doute et de drames. Mais cette pièce sur la force et le courage est agrémentée quand même n’est pas dramatique tout le long; on y assiste également à beaucoup d’humour et de légèreté, notamment lors des instants de tournage aux studios de Méliès.
La mise en scène signée Charlotte Matzneff est brillante et très rythmée. Dans un décor grandiose (bravo à Antoine Milian pour la scénographie) avec au centre un immense meuble de bureau devenant tour à tour le bureau de Zola, un fiacre, une table de café, une rédaction de journal ou le piano d’Alexandrine entre autres; on passe d’une scène à une autre et d’un lieu à un autre en un claquement de doigts, sans temps mort pour nous garder captifs de l’intensité dramatique de ce combat. Les lumières de Moïse Hill et les musiques de Mehdi Bourayou apportent une authenticité supplémentaire à ce qui se vit sous nos yeux; entre la noirceur de l’Histoire et la lueur d’espoir d’humanité, intense et criant de réalisme de bout en bout.
La distribution est à la hauteur de la pièce qu’ils défendent; c’est à dire magistraux. Romain Lagarde et Stéphane Dauch sont d’une grande intensité combative et dramatique, brillants de justesse et d’éloquence; ils incarnent parfaitement ces deux hommes prêts à mettre leur notoriété et leur « nom » au service de la justice et de la liberté; au détriment de la leur. Sandrine Seubille, Barbara Lamballais et Armance Galpin apportent beaucoup d’émotion, de douceur et aussi de légèreté dans les rôles des femmes entourant ces deux téméraires; remplies de courage, d’amour et de sacrifice pour celui qu’elles aiment (Zola pour Alexandrine et Jeanne; et Eugénie pour Méliès). Antoine Guiraud interprète avec une parfaite alternance de légèreté et de drame les rôles de Clémenceau, le vice-président Kestner et le comedien qui interprètera Dreyfus dans le film de Méliès; et pour clore cette distribution, Thibault Sommain interprète près de 10 personnages tous aussi différents les uns des autres; tels que l’horrible Léon Daudet ou le drôle de juge dans le film de Méliès. Toute cette distribution absolument admirables nous offrent une sensation d’unité et de complémentarité entre tous, ce qui nous donnent des séquences ou l’on retient sa respiration tellement l’intensité dramatique est palpable; telle qu’une scène où les 7 comédiens, chacun dans un rôle, se retrouvent tous ensemble lors d’une scène mémorable et poignante; mais dans laquelle aucun d’entre eux ne se parlent…

Un magnifique moment d’Histoire rendu vivant de nouveau pour le faire découvrir au plus grand nombre; par deux auteurs brillants et sept interprètes qui se donnent cœurs et âmes pour l’éclatement de la vérité et de la justice.
« Les Téméraires » de Julien Delpech et Alexandre Foulon; mise en scène de Charlotte Matzneff, scénographie d’Antoine Milian, musiques de Mehdi Bourayou, lumières de Moïse Hill; avec Romain Lagarde, Stéphane Dauch, Sandrine Seubille, Barbara Lamballais, Armance Galpin, Antoine Guiraud (et Arnaud Allain à partir du 7 Septembre) et Thibault Sommain. A partir du 7 Septembre à La Comédie Bastille; les Mercredis et Vendredis à 19h, les jeudis et samedis à 21h (sauf le 7 Septembre; à 20h) et le dimanche à 17h.

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